La peinture ou la subtile discrétion du travail

La peinture est vouée à l'exposition ! Elle est donc livrée à la vue de spectateurs, mais aussi à leurs critiques. Donc, à travers ses toiles, le peintre s'expose lui aussi à des commentaires. La plupart du temps, ces derniers sont flatteurs à défaut d'être toujours sincères. Personnellement, je suis relativement sensible à l'appréciation d'autrui et je préfère sans hésiter entendre "je n'aime pas du tout" plutôt que voir une personne passer devant une toile dans la plus totale indifférence. Ne pas aimer un tableau, c'est d'abord avouer qu'on est touché, certes négativement, mais touché quand même. C'est inconsciemment exprimer qu'on était dans l'attente d'une émotion positive, même si c'est l'inverse qui se produit. Combien de fois j'ai détesté certaines toiles en les découvrant et que pourtant j'ai fini par vénérer ! La peinture a pour vocation de former l’œil, de le heurter parfois, pour qu'il finisse par agrandir son champ de tolérance. Et la tolérance est souvent l'antichambre de l'admiration.


Mais, s'il est un compliment qui me hérisse le poil, c'est bien : "quel talent !". D'abord, parce que je suis bien persuadé de ne pas être détenteur de ce don inné auquel il me suffirait de laisser libre cours. Mais surtout parce que mon long cheminement dans la peinture m'a conforté dans la certitude  qu'il n'existe qu'une voie pour parvenir à exprimer ses visions : le travail ! La peinture, c'est comme la musique : tout passe par l'exercice quotidien, les gammes, les gestes, la réflexion etc ... Travailler son regard me semble la base de tout : apprendre en plissant les yeux à sentir les valeurs extrêmes d'un sujet, le blanc, le noir, les nuances de gris .... Ensuite, dessiner, dessiner, dessiner, à tout propos, à tout instant et même souvent pour faire rire les enfants qui en redemandent : "dessine-moi un singe qui lance des noix de coco !" ou "un papy à vélo qui double une Porsche !". La main doit être soumise à une gymnastique permanente. Peindre, c'est observer l'existant pour le traduire comme on aimerait qu'il ne meure jamais. C'est donc anticiper, travailler sur des premières touches qui seront plus tard recouvertes au point de ne devenir que pale reflet, légère nuance, infime lueur ... S'il veut savoir où il va, l’œil ne doit jamais oublier par où il devra passer. C'est en cela que la peinture résulte d'un vrai travail. Néanmoins, le bon travail est aussi celui qui sait se faire oublier. Lorsque tout résulte de la seule maîtrise technique, alors on peut passer à côté de l'essentiel : la poésie, l'émotion ... Ainsi, à force de travail, on découvre des raccourcis, des gestes propres à simplifier, à alléger, à évoquer. J'affirmerais qu'on finit par travailler moins à force d'avoir travaillé trop. Ainsi, les meilleures toiles ne sont pas forcément celles sur lesquelles le peintre a passé le plus de temps. Au contraire, elles naissent de ces moments magiques durant lesquels la main semble danser, le temps semble se figer et l’œil semble rêver. Les heures deviennent des minutes, le pinceau devient danseuse étoile et la palette en voit de toutes les couleurs. Ainsi, le travail peut se faire discret, car il sait que depuis tant d'années, il détient tout le pouvoir !

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Commentaires: 1
  • #1

    fabienne brault (jeudi, 23 mars 2017 17:47)

    Bonjour,
    J'aime bcp ce texte qui répond à qq questions que je me pose en tant que peintre "débutant".
    Belle présentation de ton travail !..et jolie balades dans ton univers pictural .
    Amicalement,
    Fabienne

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