LA LUNE ET LE LOUP

 

Dans ma nouvelle période de peinture, deux figures reviennent comme des présences familières : la lune et le loup.
Elles ne sont pas des motifs décoratifs ; elles sont devenues des personnages. Elles portent une part essentielle de ce que je cherche aujourd’hui : une peinture plus narrative, plus intérieure, inspirée par l’esprit de l’art brut.

 

Quitter le soleil

Pendant des décennies, j’ai peint le paysage et poursuivi une quête presque constante de la lumière : soleils levants, soleils couchants, éclats, reflets.
La lumière était pour moi une forme de vie.

À bientôt soixante-quinze ans, je quitte peu à peu le soleil pour la lune. Ce passage n’est pas un effet de style : il correspond à une évolution intime.
Si le soleil évoque l’insouciance, la puissance, l’été, la jeunesse, la lune semble régir d’autres forces tout aussi essentielles : les marées, les rythmes, les humeurs, la croissance, les cycles. Elle impose le temps long, la profondeur et l’ombre.

 

Le loup : peur et fascination

Le loup m’accompagne depuis l’enfance. Sur les hauts plateaux de l’Auvergne, durant les hivers près de la cheminée, les adultes alimentaient nos frayeurs avec des légendes et des récits inquiétants.
J’ai longtemps eu peur du loup  et pourtant, paradoxalement, une part de moi rêvait aussi qu’il surgisse, qu’il renverse l’ordre, qu’il dévore les certitudes, comme dans les contes.

Le loup est devenu pour moi une figure ambiguë et complexe : tantôt inquiétante, tantôt espiègle, tantôt presque tendre.
Jouer avec le loup dans mes œuvres, c’est accepter ses contradictions et ses facettes multiples.

 

Une présence vécue

Le loup n’est pas seulement un souvenir ou un symbole. Il a aussi été une présence réelle dans ma vie : j’ai partagé plus de douze ans avec un chien-loup de Saarloos, très proche du loup.
Cet animal reste l’un des êtres les plus merveilleux qu’il m’ait été donné de croiser. Il a renforcé mon regard sur le loup : non plus seulement comme menace ou légende, mais comme symbole d'intelligence, de beauté, de fidélité, de mystère.

 

Une mythologie personnelle

 Dans cette nouvelle peinture, la lune et le loup incarnent peu à peu une mythologie personnelle.

Ils structurent un univers où le tableau devient récit : hommage, mémoire, émotion, présence.
Ils contribuent à faire basculer l’image vers le symbolique, le nocturne, l’intime — vers une peinture qui ne cherche plus seulement à montrer, mais d'abord à parler.